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Archives mensuelles: mai 2015

Les caisses d’assurance maladie suisses s’intéressent aux frontaliers

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Comptant pas moins de 290 000 travailleurs, les frontaliers en Suisse représentent une part de marché considérable pour les caisses d’assurance maladie. Jusqu’ici sauvés par le droit d’option, les ressortissants français commencent à s’intéresser au régime helvétique à cause de la suppression du droit d’adhésion à une assurance privée depuis juin 2014. De leur côté, les frontaliers des autres pays restent frileux face aux prix proposés par les caisses suisses. Les offres commencent alors à s’adapter.

89 % de frontaliers à séduire

Parmi les 290 000 frontaliers qui travaillent en Suisse, seulement 10,69 % soit 31 000 individus ont un contrat d’assurance maladie (Office fédéral de la statistique). Cela laisse une grande part de marché potentielle pour les caisses helvétiques malgré le droit d’option dont jouissent les frontaliers. Un ressortissant étranger qui travaille en Suisse peut effectivement être exempté de l’obligation de souscrire une assurance maladie helvétique s’il justifie déjà d’une couverture équivalente dans son pays.

Néanmoins, cela n’a pas empêché certains assureurs de gagner du terrain dans ce segment, à l’image de Helsana et sa progression de 47 % sur le nombre de clients frontaliers en 2014. Avec 27 000 assurés de ce profil, cette caisse maladie en détient le plus grand nombre dans le pays. C’est ce qui ressort du bilan début février de la firme publié lors d’une conférence de presse pendant laquelle le directeur général Daniel Schmutz a qualifié les frontaliers de «segment convoité».

Le patron de Helsana justifie ses propos en décrivant le profil type des frontaliers : revenu élevé, jeunes avec famille et en bonne santé, tous les ingrédients pour provoquer l’engouement des caisses.

 

Une tarification contraignante

Malgré l’abondance de prospects, les offres des caisses d’assurance maladie en Suisse restent moins attrayantes à cause du prix jugé trop élevé par rapport à ceux des caisses dans l’UE. C’est pour cette raison que 8 sur 9 frontaliers préfèrent encore s’assurer dans leur pays de résidence. Le pays de provenance conditionne la valeur des primes, mais elles sont généralement moins élevées qu’en Suisse. Le tarif frontalier helvétique est effectivement facilement influencé par quelques cas coûteux qui déclenchent la flambée des prix pour tout le monde, sans distinction de profil, de contrat ou de composition familiale (source : CSS).

En Allemagne par exemple, les frontaliers paient une cotisation située entre 278 et 818 CHF (Office fédéral de la santé publique). Par ailleurs, leurs contrats ne sont pas soumis à une franchise que doit payer un patient alors que cette quote-part représente au moins 300 francs suisses chez les caisses helvétiques. Pour ne rien arranger, ces dernières ne proposent pas non plus des options qui permettent de bénéficier d’une télémédecine ou médecin de famille.

Néanmoins, les frais de santé des frontaliers peuvent être allégés en consultant des médecins dans leur pays de provenance même s’ils adhèrent à une caisse en Suisse. Les Allemands sont entre autres les plus privilégiés dans ce cas grâce à l’absence de franchise chez eux. Ils pourront ainsi ne consulter les médecins suisses qu’en cas d’urgence.

 

Les Français, plus que des prospects

Les Français représentent plus de la moitié des travailleurs frontaliers en Suisse. S’ils ont pu bénéficier de leur droit d’option pour souscrire une assurance privée chez eux, au lieu de la CMU (Couverture Maladie Universelle) et de LAMal, ce n’est plus le cas depuis juin 2014.

En effet, un changement au niveau de la législation en France a supprimé la possibilité de recourir aux assureurs privés au lieu de la Sécu.  Le basculement obligatoire vers ce régime général est censé effectif jusqu’au 1er juin 2015. Le droit d’option étant irrévocable, les frontaliers français qui l’ont déjà utilisé ne peuvent donc plus revenir à l’assurance suisse. Heureusement, le Tribunal Fédéral helvétique a récemment relancé cette possibilité en déclarant que l’exercice tacite du droit d’option ne possède pas de valeur juridique.

Ainsi, les concernés peuvent toujours adhérer à la LAMal suisse (loi sur l’assurance-maladie) s’ils la trouvent plus avantageuse que le régime français. Un grand point pour les caisses helvétiques, car 90 % des frontaliers français ayant un contrat d’assurance privé en France et qui auraient dû basculer vers la CMU deviennent des clients potentiels.

Les caisses helvétiques commencent ainsi à gagner en attractivité. Certaines d’entre elles, à l’image de Swica, ont ouvert une agence autonome spécialisée dans le marché frontalier afin de mieux se concentrer sur ce segment « juteux ». Dans la région bâloise par exemple, elles sont aidées par les grosses firmes qui proposent des assurances d’indemnités journalières, uniquement aux collaborateurs frontaliers qui souscrivent une assurance maladie suisse.

 

Aix-les-Bains et Chambéry attirent de plus en plus les travailleurs frontaliers

7 000 à 10 000 travailleurs frontaliers en seulement 3 ans sur la préfecture de Haute-Savoie, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et depuis 2010, les départements d’Aix-les-Bains et Chambéry en particulier sont de plus en plus concernés par le travail frontalier.

 

Les chiffres explosent en seulement quelques années

À la fin de 2013, les travailleurs frontaliers sont de plus en plus nombreux à chercher une situation professionnelle stable qu’en France. 86 896 travaillent effectivement dans le canton de Genève, dont 810 Savoyards. Parmi cet ensemble, 712 sont des travailleurs frontaliers dans la zone urbaine des Pays de Savoie incluant Aix-les-Bains et Chambéry. Entre 2010 et 2013, le nombre de travailleurs frontaliers qui vivent à Aix-les-Bains et Chambéry a quasiment doublé. Et en 2015, ces chiffres ont encore nettement évolué.

Même constat sur la préfecture de Haute-Savoie, car ils sont passés de 7 000 à 10 000 en seulement 3 ans. D’après le Groupement transfrontalier européen, l’éloignement n’est plus un frein ce qui explique cette constante évolution, comme à Annecy. Les abords de la frontière franco-suisse sont d’ailleurs aujourd’hui complètement saturés du fait de cet engouement. En parallèle, plusieurs routes ont été construites et améliorées. Résultat : les prix du logement ont également augmenté aujourd’hui, y compris en Savoie.

 

Gros coup de pouce des infrastructures routières et de la conjoncture économique

Grâce à la ligne directe Aix-Genève ainsi qu’à l’autoroute qui relie Aix à Genève en 51 minutes (pour 70 km), il est désormais plus facile de travailler en Suisse. Les chiffres le démontrent d’ailleurs. Avant 2007, il n’y avait encore aucun travailleur frontalier sur le seul arrondissement aixo-chambérien qui évoluait dans le canton de Genève. C’est à partir de 2010 que tout va basculer puisqu’ils seront 344, puis 442 en 2011 et 712 en fin 2013. Même avec la distance notable, les travailleurs frontaliers ne se dirigent plus vers Annecy comme autrefois. Ils n’hésitent plus à s’éloigner davantage et à choisir Aix-les-Bains et Chambéry.

Les infrastructures routières n’ont pas été la seule cause de ce changement. Depuis quelques années, d’autres portes se sont ouvertes notamment grâce à la conjoncture économique en France selon la directrice du Groupement Guylaine, Riondel-Besson. Plutôt défavorable, cette situation a poussé les gens à postuler en Suisse, puis à s’installer à Annecy. Petit à petit, Aix-les-Bains et Chambéry ont été prisés en partie à cause de la pénurie de locations en Haute-Savoie notamment à Annecy, Thonon et Annemasse.

Si vous même vous résidez à plus de 20km de la frontière vous pouvez bénéficiez du statut quasi-résident 

Les placements en Suisse désormais payants

Serait-ce le monde financier à l’envers ? En tout cas, la Suisse est en passe de ne plus devenir un « paradis fiscal »  de premier ordre pour les fortunés. Depuis début 2015, la BNS a effectivement tenté de ralentir désespérément l’ascension de la valeur du franc suisse. L’étape en cours : facturer les placements à -0.75 %.

 

Une mesure un peu barbare ?

Parallèlement à l’abandon du taux plancher de 1,20 CHF pour 1 €, la Banque Nationale Suisse (BNS) a également décidé d’appliquer un taux d’intérêt négatif de -0.75 % à tout compte de dépôt. Cette rarissime politique monétaire s’inscrit dans une démarche de ralentissement de l’appréciation effrénée du franc suisse. L’idée est de décourager les investisseurs à placer leur argent dans le pays, en considérant sa monnaie comme valeur refuge.

En effet, l’ascension du CHF ne profitait au premier abord qu’aux places financières, au grand désarroi des exportateurs contraints de vendre à « petit prix » face à un dollar et un euro battus par le franc suisse (jusqu’à 1 € = 0,8517 CHF mi-janvier 2015). Perte de clients dans les hôtels et restaurants, dépréciation des valeurs de marchandise à l’échelle internationale dans les secteurs de l’agroalimentaire, la pharmacie ou l’horlogerie, la force du CHF ne fait pas que des heureux.

Actuellement, 1 € vaut 1.0361 CHF et ce n’est pas fini ! La BNS fait tout pour stabiliser la monnaie suisse. L’application du taux d’intérêt négatif devrait provoquer des réticences auprès des fortunés étrangers qui, au lieu de placer leur argent pour le faire fructifier, devront en quelque sorte louer le coffre de la banque en sus des frais similaires déjà existants.

 

Retour vers l’ère de « l’avant-banque »

Les banques suisses, après quelques appréhensions, suivent la tendance de la BNS en imposant le taux de placement à -0,75 % de la manière la plus délicate possible. En effet, le risque de perte de clients est une réalité. Seuls Crédit Suisse et UBS ont osé au début, mais d’autres établissements s’y sont mis petit à petit, à l’image de Safra Sarasin, la Banque cantonale de Zurich ou encore Lombard Odier.

Certaines enseignes comme la BCV (Banque Cantonale Vaudoise) limitent cette nouvelle directive aux grands comptes, sans toucher le compte des PME et des particuliers. La banque privée Pictet quant à elle ne s’attaque qu’aux avoirs en compte courant en CHF au-delà d’un million de francs suisses.

De leur côté, la réponse des fortunés et investisseurs est tout aussi surprenante que les décisions de la BNS : retour à l’ère des coffres. Au lieu de laisser son argent diminuer petit à petit auprès des banques, mieux vaut le garder bien au chaud. Une résolution soutenue étrangement par la presse suisse qui met bien en évidence l’attractivité de cette solution qui reviendrait moins chère.

Il suffirait en fait d’un petit coffre pour contenir 1 000 000 CHF, un petit espace de 0,133 litre et non en cm² si l’on utilise des billets de 1 000 francs. Quoi qu’il en soit, l’application du -0,75 % fera encore couler beaucoup d’encres, rien que pour son effet paradoxal : l’endettement devient rémunérant. Le crédit immobilier en l’occurrence en ressentira la portée.